Mon expérience Marathon, par Chantal D.

Mon expérience Marathon, par Chantal D...

Me voici au terme d'un séjour marathonien absolument riche en émotions diverses et variées ! Il y a un an environ, je prenais la décision de m'inscrire à l'un des plus beaux marathons du monde, ou du moins un marathon renommé. Optimiste, déraisonnable ? je m'étais fixée l'objectif de 3h30, objectif ensuite modifié avec mon coach au début de mes 3 mois de préparation, 3 mois de rendez-vous quasi quotidien avec mes amis fidèles : "Run" et "Vélo Indoor". Des amis que j'ai parfois adoré, parfois détesté, mais jamais abandonnés. Peut-être ai-je loupé 1 ou 2 rdv, rien de plus.

Me voici donc dans le sas de départ. Partout autour de moi des gens, des coureurs, des accompagnants, des passants, et une ambiance incroyable, parsemée de musique, de cris d'allégresse, de sourires échangés 🎛🥁 Certains ont la mine grave, d'autres sourient à pleine dents déployées, sautillant sur place au rythme de la musique s'échappant des hauts parleurs placés ici et là.

Et cette musique !! "Les chariots de feu" ! 🔊🎵🎶 Cette musique, grandiose, qui te donne le frisson, qui te remplit de fierté et de courage, qui pénètre chaque fibre de ton corps et de ton coeur qui bat, vite. Très. Les émotions se bousculent de plus belle : peur, excitation, envie impérieuse de s'élancer à la suite des coureurs déjà partis frapper le bitume avec leurs fidèles compagnes aux pieds, compagnes et alliées qui ne vont pas les quitter durant les 42,195 km prochains.

La tension monte, quasi insoutenable. Le coeur bat très fort. La peur est toujours là. Je vois les Champs-Elysées qui s'étirent devant moi, à perte de vue, avec au loin, l'Obélisque de la Concorde que j'entrevois.

Le ciel est légèrement voilé, annonciateur d'un soleil que j'espère pas trop chaud ni étouffant.

Et là ca y est ! on y va, c'est parti 🤗

La foule présente scande des "allez allez", applaudit, encourage déjà. C'est juste magnifique et grandiose. Je suis dans ma bulle, déjà depuis un bon moment, mais je vois et j'observe tandis que je me cale sur la foulée indiquée par mon coach. Je surveille très attentivement mon allure. Tout est calibré. Tout va bien. 😎 Peut-être aurais-je pu plus ressentir les choses si je n'avais pas eu l'oeil très souvent rivé sur ma montre, mais ce 3h45 j'y tenais, très très fort. Surtout après le marathon de Lausanne en octobre dernier qui m'avait laissé un souvenir amer au niveau du chrono, même si j'étais satisfaite de l'avoir fini.

J'entends soudainement "Allez ma chérie allez !!!" et je vois mon chéri qui me filme et qui a failli se gameller sur un trépied d'appareil photos 🤣

Les km s’enchaînent, tranquillement. Une légère montée peu après le 7ème, le coeur bat un peu plus fort, je vérifie mon allure et accélère légèrement. Je ne vois quasiment pas passer les km jusqu'au 10ème. Tiens déjà 11 ! Tout va bien mise à part une très lègère gêne au niveau du pied droit, vers les 2 derniers orteils, comme si ma chaussette faisait un pli. Tant pis, on fera avec.

J'oublie très vite cette histoire de chaussette, je regarde ma montre, ok je réadapte, j'allais un poil trop vite. J'entends mes compagnons de course parler entre eux, je vois Dark Vador devant moi que je dépasse ensuite, puis j'entends quelqu'un chanter très fort. Je tourne ma tête et aperçois un concurrent, le casque vissé sur les oreilles, chantant de tout son coeur, comme s'il se fondait dans la chanson qui le porte pas après pas 🎧🎶

Toujours les km qui s’enchaînent, 15, 16, Ah tiens le km 16. A Lausanne je commençais à me sentir mal au niveau de l'estomac. Là je me dis que tout va bien et pourvu que ça dure. Les fanfares et tambours se succèdent au rythme de nos fidèles baskets frappant le bitume.

Peu après une boule s'invite dans mon ventre. Puis mes jambes deviennent légèrement cottoneuse. Que se passe-t-il ? 😨 🤢Je venais de penser au fait qu'il restait encore vraiment beaucoup de km à parcourir. A ce moment je me dis "stop, stop, pas de pensées de ce style". J'impose alors à mon cerveau volubile et enquiquinant de taire ce genre de pensées et je me concentre sur mon souffle et la couleur des baskets du coureur devant moi. Je regarde les arbres tout autour. Ouf, la boule est partie, les jambes vont bien. Je me force à ne plus penser à la suite mais juste être là, dans le présent. Je vais aller jusqu'au 20 km. Puis voici le semi : 21,200 km. OK la moitié est faite. C'est comme si on recommençait. Je me dis que je suis fraîche, que je viens de démarrer.

Après je ne me souviens plus de tout, mais je sais que j'ai de nouveau eu cette boule désagréable qui essaie d'occuper tout mon corps 😓 Je la repousse. Encore. Et ça marche, ça court en fait. Les gens sont incroyables, j'entends mon prénom surgir par ci et par là, sur un ton de ferveur qui m'envoie tout le courage possible. Je croise des sourires, des mains d'enfants qui se tendent vers nous, attendant une petite tape amicale, 1 seconde de contact qui veut tout dire. Grattitude.

Le km 25. Je me dis qu'il reste encore 15 km. Car les 2 derniers je me dis que ce n'est rien. Je me trompais un peu. Je sens de la fatigue 😕 Mais je passe outre. On m'a dit que les 30 premiers km ce sont du remplissage. Que la course commence au 30ème. J'essaie de m'en convaincre. C'est dur d'y croire. Vraiment dur. Je me rappelle mes entrainements passés, certains dans le froid de l'hiver, en janvier, des sorties longues de 30 km, et je me dis que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Et que je peux le faire.

Arrive le km 30. Je me souviens avoir entre aperçu la Tour Eiffel, au milieu du tumulte des coureurs qui se regroupe de plus en plus car la rue se rétrécit. Je slalome un peu entre les coureurs, je ne veux pas perdre mon allure. Je regarde souvent ma montre. Je me suis aussi rendu compte que ma montre vibre pour me signaler les km un à un mais que j'ai encore 200 à 300 m à parcourir à chaque fois pour atteindre le panneau impassible qui arbore fièrement son km. Bizarre 🤔. Du coup le temps de passage n'est pas le même, forcément, quand je regarde ma montre qui a vibré et quand je passe à côté du poteau impassible. Bref, je ne veux pas me faire de fixette inutile.

Je grignote quelques raisins secs à un ravitaillement, je ne sais plus lequel. Je sais qu'à certains ravitaillement j'ai pris une bouteille d'eau, parfois je buvais en aspirant mon eau coupée avec du sucre dans le tuyau relié à ma poche d'eau qui danse dans mon dos.

Au 31ème, j'entends mon chéri m'appeler, courir à mes côté sur 30 mètres en filmant, la voix émue et pleine d'amour, de ferveur 😍 me lançant un puissant "Je t'aime ma chérie !!!!" Donc l'écho résonne et résonnera dans mon coeur à jamais.

Le km 35 passé, les spectacteurs sont toujours là, à encourager, à porter, à asséner des ordres : non, ne lâche pas, non ne lâche rien ! Et là, ça commence vraiment à être dur. 😲Je commence à douter sur le fait de courir encore 7 km. 7 !!😱 C'est énorme, et pourtant dans l'absolu ce n'est pas beaucoup. Les jambes durcissent, les quadri commencent légèrement à se faire entendre, faiblement mais je les entends 😣 Le mental commence à m'embêter, il me fait douter, je vois un coureur sur une civière et je me demande, un bref instant, si je n'ai pas envie d'être sur cette civière pour que cette boule s'en aille, pour que je puisse me reposer. Je repousse cette idée folle de toutes mes forces. Je me rappelle mes entrainements, je pense à Pierre, mon coach qui croit en moi, je pense à Babsy, ma minette, je l'imagine en train de cligner des yeux, je pense à sa fourrure si douce dans laquelle j'adore plonger mon nez et respirer son odeur unique que j'aime tant 🐱😻.

Je lutte de toutes mes forces contre mon cerveau qui veut me faire croire que mon corps est à bout 🖕 J'ai l'impression d'être moins lucide. Le souffle est déjà plus court depuis un moment. Je regarde toujours ma montre. le rythme est bon. Pierre m'avait dit d'accélérer dès le 32 ème. J'ai décidé d'accélérer dès le 35ème, après la dernière montée du parcours 🔥 Je repense à ses mots : "un marathon c'est dur. Tu devrais sortir de ta zone de confort après avoir tenu un rythme te permettant d'économiser ton énergie pendant les 30 premiers km. Accélère et donne le max pour ne rien regretter. Un prochain marathon ne peut pas se faire dans 2 semaines". Je repense à ça, je me dis qu'il est exclu d'abandonner. En même temps mon ventre se serre car je me dis que je ne vais jamais arriver au bout ☠.

Et puis je m'interdis de penser cela. Une vraie lutte intérieure s'installe. C'est terrible, désagréable, j'ai envie que ça s'arrête. J'en peux plus. Pourquoi je me suis inscrite ? Plus jamais ça 🔫 Je m'accroche, j'accélère, jusqu'au km 38. Et là je sens que je n'arrive plus à accélérer. Le souffle me manque, les jambes me font mal, elles sont dures. J'en peux plus💩 Je ne vais pas y arriver. Si, si je vais y arriver. C'est quoi ces minutes de souffrance dans une vie. Je puise dans ce qu'il me reste de force mentale. C'est dans la tête, n'oublie pas ce qu'à dit Pierre, c'est dans la tête. Il faut convaincre ton corps. Ce corps qui veut que je m'arrête et le mental qui joue avec moi entre des "j'en peux plus" et des "pas question de lâcher".

Je m'accroche, continue, allez, encore encore, vas-y, Le 39 ème arrive. C'est interminable 😵... J'ai renoncé à accélérer. Je me fais une raison de ne pas arriver à 3h45. En même temps je me souviens des mots de Fany. Et je me dis que je peux, et que je veux. Je veux y arriver. Je veux avoir cette grande satisfaction. Le temps se fige, je n'arrive pas à imaginer la fin. J'entends la foule qui crie que c'est bientôt la fin. Je m'accroche comme à une falaise à ces paroles que j'entends, que j'imprime dans mon corps et dans ma tête. Je vais y arriver, il le faut. Le km 40, enfin. Allez plus que 2 km, 2 malheureux km. Mais c'est une éternité. Un pas après l'autre.

Enfin le km 41. Je me dis que là il reste vraiment très peu à parcourir. Je me sens bizarre, hagarde, un peu déconnectée, en manque de lucidité. Je sens que je trébuche. Non tenir. Jusqu'au bout.

Enfin le 42ème ! Et je vois l'arche au bout, cette arche qui s'est tant faite désirer. Le Saint Graal est à ma portée !! 😀 L'arche d'arrivée de la délivrance !! Je continue et enfin j'arrive sur le tapis bleu, allez encore, un dernier effort, les gens applaudissent, ils sont rassemblés à droite et à gauche. C'est magique. Vraiment. Je parcours les derniers mètres et franchis la ligne. La délivrance ultime 🎉🎆🎈 J'ai l'impression de zigzaguer. J'arrête ma montre, je regarde le chrono : 3h43'30". Et j'avance, un peu comme un zombie. Et là je réalise : je l'ai fait !!!! Je l'ai fait !! j'ai atteint mon objectif de 3h45 !!!!!. J'ai les larmes aux yeux. Une pensée a mon papa, là haut. J'entends mon chéri m'appeler, nos yeux se croisent, il lève le bras en signe de victoire. Fier. Et moi aussi. Je lui dis mon chrono, il me dit qu'il a 3h43' 14" d'annoncé. J'en reviens pas.

Je continue à avancer, je prends un t-shirt orange de Finisher que j'échange plus loin contre un t-shirt bleu. Je le trouvais mieux en bleu. Je continue à avancer, j'ai très mal aux jambes. Je me surprends en train de me demander comment je vais marcher le lendemain. Mais en même temps je m'en fous. Mais tellement que je m'en fout!! C'est pas important. Un coureur fait tomber son tel par terre, je le ramasse en grimaçant.

J'attrape plus loin une bouteille d'eau que je vide en un temps record. Puis arrive le moment tant attendu, après celui du chrono : la remise de la médaille 🎖. Avec les félicitations de la personne qui me la passe autour du coup. Tout est magique, je suis comme dans un rêve. Je retrouve mon homme un peu plus loin. On se prend dans les bras. On pleure. Seuls au milieu de la foule. C'est juste incroyable.

C'est difficile de raconter les sensations que peut apporter un marathon. C'est tellement personnel ! C'est aller dans ses retranchements. C'est chercher au plus profond de soi cette volonté d'avancer. Encore. Encore. Ne pas abandonner. Sortir et sentir ses tripes. Se dire qu'on peut le faire. Qu'on VA le faire. C'est un contrat signé avec soi même qu'il est essentiel d'honorer.

Je tiens à remercier de tout coeur mon coach, Pierre Morath, qui m'a fait mes plans d'entrainement, qui a eu beaucoup de présence et de soutien, de patience aussi face à mes nombreux questionnements (ah bon ? 😁)J'aimerais aussi remercier mon chéri, Philippe qui m'a soutenue tout au long de cette aventure, de tout son coeur avec tout son amour et une patience infinie, qui a toujours cru en moi ❤ Merci aussi à ma maman qui m'a portée et soutenue et qui le fait chaque jour elle aussi ❤ merci à mes amis qui croient en moi, à Daniela que j'aime de tout mon coeur qui est toujours là pour moi ❤, et merci aussi à vous mes amis Facebook, certains encore virtuels, d'autres qui sont passés du côté réel de la force Facebookienne ❤. Merci pour tout votre soutien et vos ondes positives.

Je suis heureuse.

Et vivement le prochain marathon !!!

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